Archives de la catégorie ‘Journée d'action’
(Voir son article sur le blog Festival Lumière 2009 du Petit Bulletin)
Tout d’abord, il faut signaler l’un des principaux faits de la journée du 14 octobre, dont il n’est pas question dans le texte de Christophe Chabert : la « mise à pied en vue d’un licenciement pour fautes graves » de Marc Artigau, directeur et programmateur des CNP depuis plus de vingt ans, par son PDG Galeshka Moravioff. Les « fautes graves » en question ne sont pas précisées pour l’instant, mais il semble que M. Moravioff en dressait la liste depuis un certain temps, attendant pour l’exhiber le moment propice à ses yeux et à ceux de ses avocats. M. Moravioff fait en ce moment le tour des distributeurs de films pour signaler qu’à partir de maintenant il assurera lui-même la programmation des CNP (c’est un peu comme si un assassin déclarait que, désormais, il se chargera lui-même de trouver à manger pour nourrir sa victime). Voilà une information autrement plus grave, il me semble, que la déception compréhensible mais ponctuelle de certains spectateurs venus voir des films au CNP Terreaux mercredi, et qui ont trouvé porte close.
(Autre absent de ce texte : le collectif de spectateurs qui s’est créé depuis un mois, et qui relaie le mouvement initié en août dernier autour des CNP. Rappelons en donc l’adresse : http://collectifcinephile.wordpress.com/)
J’aimerais revenir sur deux passages de ce texte :
I. « Dès les premiers communiqués publiés par Les Inattendus et leur président Jean-François Buiré, l’amalgame était fait entre les difficultés du CNP et le lancement du festival, subventionné massivement par le Grand Lyon. Comme si l’un était responsable de l’autre… »
La formulation de la première phrase de ce passage donne l’impression que, dès ses premiers communiqués à ce sujet, l’association « Les Inattendus » aurait suscité ce supposé « amalgame ». La vérité est tout autre, d’autant que les communiqués en question ne faisaient nullement mention du festival : c’est dans les commentaires de ceux-ci que, très tôt, de nombreuses personnes ont non pas fait un tel amalgame, mais évoqué le scandale que constitue à leurs yeux la simultanéité de ce festival, en effet massivement subventionné, et le déclin patent des CNP, dans le silence quasi total des instances politiques. Plutôt que d’amalgame, il faudrait parler, pour rester cinéphile, d’un montage, terriblement signifiant et opéré à partir d’une réalité flagrante.
Ce sentiment récurrent a été par la suite résumé dans ce passage du compte-rendu par les Inattendus de la journée de mobilisation du 5 septembre : « [Le déclin des CNP] paraît d’autant plus choquant qu’aura lieu début octobre la première édition du “ Grand Lyon Film Festival ”, d’ambition internationale, fortement subventionné, soutenu par l’état et l’ensemble des collectivités locales, et dédié à l’histoire et à la mémoire du cinéma. Ce n’est évidemment pas tant l’événement en soi qui est choquant que le fait que, au même moment, la proposition cinématographique quotidienne à Lyon s’appauvrit à vue d’œil, et paraît de moins en moins digne d’une aussi grande ville. » Même parmi les commentaires les plus agressifs publiés ici et là à l’égard du festival Lumière, je ne crois pas qu’un seul ait été déraisonnable au point d’attribuer à ce dernier les difficultés des CNP (qui ne datent pas d’hier, on le sait, M. Moravioff les ayant rachetés en 1998) !
II. « Les spectateurs qui avaient encore envie d’aller voir des films aux CNP, malgré la médiocrité des conditions de projection, trouveront sans doute là une ultime raison pour ne plus y aller. »
A propos du dernier segment de cette phrase, je dirai qu’au mieux il me paraît excessif… Dans son ensemble, cette phrase témoigne d’une incompréhension de la situation des CNP qui suffirait presque à elle seule à légitimer toute action radicale comme celle du 14 octobre : quand la communication ordinaire (même patiente et scrupuleuse) à échoué, le passage à d’autres formes d’action devient nécessaire.
En effet, comment peut-on tenir dans une même main la critique de l’action des employés et celle de la « médiocrité des conditions de projection » sans avoir une vision confuse de la situation, et encourager celle-ci ? Outre qu’il y aurait fort à dire de cette assertion (si le matériel décline faute de rénovation, le travail des projectionnistes des CNP reste irréprochable, et la grande salle de Terreaux continue d’être tout à fait honorable), jusqu’à quand devra- t-on répéter que les personnes qui « font tourner » quotidiennement ce cinéma sont les premières à subir et à déplorer l’incurie dont fait preuve leur PDG à l’égard de ces salles ? Et comment faire enfin comprendre que dans l’état actuel des choses, aller voir des films aux CNP ne signifie pas forcément soutenir la philosophie et l’exigence de salles qui ont constitué un modèle de cinéma « d’Art et d’Essai et de Recherche » pendant plusieurs décennies, mais assurément refiler de l’argent à celui qui les a fait lentement mais sûrement couler depuis onze ans ? Il ne s’agit pas d’appeler au boycott des CNP, où travaille encore une vingtaine de personnes; cependant, un certain nombre de celles-ci préférerait d’ores et déjà une mort rapide mais digne à un inexorable et déprimant déclin (outre qu’il donne une image un peu plus triste chaque jour des CNP, ce dernier rend encore plus difficile l’éclosion d’un nouveau lieu en centre-ville consacré au cinéma d’Art et d’Essai et de Recherche).
Même en cette semaine festive, les employés des CNP ont refusé l’unanimisme, pour tenter de faire du festival une chambre d’écho à leur triste situation. L’ont-ils « pris en otage » ? Je dirais plutôt qu’ils ont tenté de rendre ce festival utile au cinéma et aux cinéphiles, mais d’une façon différente de celle imaginée au départ.
Était-ce pertinent, était-ce maladroit ? On peut évidemment discuter de la pertinence de ce choix, comme de tout choix opéré dans une situation de crise. La lisibilité de ses objectifs (bras de fer, oui, mais avec Moravioff, et prise à témoin des spectateurs et des instances politiques et culturelles) n’était pas ...
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Le samedi 5 septembre 2009 a eu lieu une journée de mobilisation pour les cinémas CNP de Lyon organisée par les employés des CNP et par l’association « Les Inattendus », place des Terreaux puis au CNP Odéon, réouvert au public pour l’occasion. En effet, Monsieur Galeshka Moravioff, PDG des CNP, avait subrepticement vidé la salle de son contenu début août, en plein congés estivaux. Ce 5 septembre, les employés des sites de Bellecour et de Terreaux se sont mis en grève, ainsi que ceux de l’Odéon, restés incertains quant à leur sort professionnel depuis la fermeture abrupte de leur lieu de travail.
PLACE DES TERREAUX : RASSEMBLEMENT, EXPOSITION DES FAITS
Tout a commencé à 9h30 par un rassemblement devant la mairie centrale de Lyon place des Terreaux, où des représentants du personnel des CNP et des « Inattendus » ont rappelé aux quelques quatre cents personnes présentes les conditions honteuses de fermeture de l’Odéon, lu une lettre adressée à Galeshka Moravioff et énoncé les revendications des employés des CNP.
Il a été souligné à cette occasion que la fermeture de l’Odéon s’inscrit non seulement dans le processus de déclin et ‘d’abandon par leur PDG de l’ensemble des CNP, mais plus largement dans le contexte d’une politique culturelle et urbaine qui voit les lieux de création et de diffusion artistiques indépendants disparaître progressivement du centre de Lyon, au profit d’un devenir exclusivement marchand de celui-ci (le sort de l’Odéon a été déterminé non seulement par la gestion désastreuse de Galeshka Moravioff mais aussi par l’inscription de cette salle dans le quartier Grolée que monopolise depuis des mois l’opération « Up in Lyon, the Place to Be », mue par « la volonté d’un propriétaire d’offrir un parcours shopping prestige et plaisir » (sic)). Si l’ensemble des CNP vient à disparaître, il n’y aura plus aucune salle d’exclusivité indépendante dans la Presqu’île de Lyon (le Cinéma et le Cinéma Opéra, eux aussi fort mal en point, étant pour leur part voués aux reprises de films plutôt qu’à l’exclusivité cinématographique). Le phénomène paraît d’autant plus choquant qu’aura lieu début octobre la première édition du « Grand Lyon Film Festival », d’ambition internationale, fortement subventionné, soutenu par l’état et l’ensemble des collectivités locales, et dédié à l’histoire et à la mémoire du cinéma. Ce n’est évidemment pas tant l’événement en soi qui est choquant que le fait que, au même moment, la proposition cinématographique quotidienne à Lyon s’appauvrit à vue d’œil, et paraît de moins en moins digne d’une aussi grande ville.
RETOUR À L’ODÉON, DISCUSSION ET ENGAGEMENTS PRIS
Une audience à la mairie avait été demandée pour 11h par les employés des CNP et les « Inattendus » auprès de Georges Képénékian, conseiller délégué à la culture de la Ville de Lyon. Mais en dernier ressort, Yvon Deschamps, son homologue à la Région Rhône-Alpes, avait fait savoir qu’il se rendrait en début d’après-midi à l’Odéon en compagnie de Monsieur Képénékian.
Un peu après 11h, le rassemblement s’est donc déplacé vers le CNP Odéon, occupé depuis l’avant-veille par les employés. Dans le hall, un repas a été proposé à l’ensemble des personnes présentes. A 12h30, Messieurs Deschamps et Képénékian sont arrivés et, pendant plus d’une heure, ils ont rencontré dans la salle de l’Odéon les employés des CNP et les membres des « Inattendus ». Roger Sicaud, conseiller cinéma et audiovisuel à la DRAC Rhône-Alpes, était également présent.
Au cours de cette discussion, les deux délégués à la culture se sont engagés à donner suite aux trois revendications principales des employés et des membres de l’association, à savoir :
expression officielle d’un soutien aux employés des CNP, laissés dans l’incertitude par leur employeur quant à leur avenir professionnel : la Ville s’engage à veiller à ce que le Droit du travail ne soit pas bafoué et à assurer un soutien social et juridique, tant pour les employés de l’Odéon que pour ceux des deux autres sites.
suivi du devenir de l’Odéon, l’une des plus anciennes salles de spectacle lyonnaises, notamment en ce qui concerne le maintien ou non de sa vocation culturelle.
avec les employés des CNP et les organisations cinéphiles intéressées, mise en place d’une réflexion soutenue portant sur la pérennisation dans le centre-ville de la programmation cinématographique que les salles CNP sont seules à montrer à Lyon : un cinéma de recherche, de découverte et de redécouverte, non répertorié « Art et Essai porteur ».
La discussion avec les employés et les membres des « Inattendus » une fois achevée, Yvon Deschamps et Georges Képénékian ont réaffirmé ces trois engagements devant les quelques trois cents personnes qui se sont rassemblées dans la salle de l’Odéon.
C’est désormais aux organisations cinéphiles, aux employés des CNP et à l’ensemble des citoyens soucieux des questions soulevées par ces trois engagements de rester attentifs à ce que ceux-ci ne soient pas négligés.
PRISES DE PAROLE
Sur ces entrefaites, Marc Artigau, le directeur-programmateur des CNP, a pris la parole pour faire le récit exhaustif de l’histoire des CNP depuis trente ans, avec la verve et l’absence de précautions oratoires qui le caractérisent : rappel du rôle crucial de feu Robert Gilbert, véritable âme fondatrice et maître d’œuvre des CNP ; affirmation de la responsabilité de Roger Planchon et de diverses personnalités de la vie et de la politique culturelles locales et nationales dans la vente des CNP en 1998 à Galeshka Moravioff, déjà de triste réputation à l’époque ; évocation des conditions moralement et professionnellement terribles dans lesquelles celui-ci a contraint Marc Artigau à travailler depuis dix ans, et de sa responsabilité accablante dans le déclin des CNP. Une longue ovation a suivi cette courageuse (et hilarante) prestation, nécessaire tant sur le plan historique que moral.
Plus tard dans la journée, d’autres prises de parole ont eu lieu. Les organisateurs de la journée étaient conscients du fait que celle-ci devrait également permettre aux personnes rassemblées de discuter collectivement de la suite à donner au mouvement, après cette première journée de mobilisation. Depuis l’arrivée à l’Odéon, des personnes avaient exprimé le désir qu’il puisse être débattu d’une éventuelle poursuite de l’occupation ...
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(lu place des Terreaux à Lyon le 5 septembre 2009)
Voilà onze ans que Monsieur Moravioff est devenu le propriétaire des salles de cinéma lyonnaises CNP. Onze années d’inertie et de négligences qui conduisent aujourd’hui les CNP à traverser une nouvelle crise.
Profitant de la fermeture annuelle du CNP Odéon, des déménageurs, sous les ordres de notre PDG, l’ont entièrement vidé. Matériel de projection, fauteuils, billetterie… rien n’a été épargné par ce « déménagement » nocturne, pas même le code du travail !
Les 5 salariés, actuellement sous contrat, se retrouvent dépourvus de leur outil de travail. Aucune considération ne leur est apportée.
Seule la lutte semble envisageable pour débloquer cette situation.
La grève est le seul moyen de nous faire entendre de l’opinion publique et de notre PDG avec qui aucun dialogue n’a été possible. Comment rester muet face à la lente détérioration de nos conditions de travail, ainsi qu’à l’abandon délibéré des salles CNP ? Comment ne pas dénoncer les problèmes de sécurité touchant aussi bien le personnel du cinéma que les spectateurs ? Aucun investissement n’a été effectué dans l’entretien des salles, qui ne survivent que par le travail et la résistance d’employés méprisés par leur PDG.
Aujourd’hui, nous manifestons pour notre cinéma, pour qu’enfin notre voix soit entendue. Nous exigeons que le droit du travail soit respecté par M. Moravioff :
• Pourquoi n’avons-nous plus, depuis plusieurs années, de médecine du travail ?
• Comment se fait-il que nos demandes de formation soient refusées alors même que les cotisations AFDAS sont prélevées sur nos salaires ?
• Pourquoi les réunions mensuelles prévues par la loi avec les délégués du personnel ne sont-elles pas honorées ?
• Pourquoi ne pas avoir prévenu les délégués du personnel de la décision de supprimer l’outil de travail des employés de l’Odéon ?
• Qu’en est-il des cotisations de l’URSSAF ?
• Nos conditions de travail ne cessent de se dégrader, pourquoi les sociétés de maintenance refusent-elles de se déplacer ?
À ces multiples interrogations, nous exigeons des réponses claires et non contradictoires concernant l’entreprise CNP, les licenciements à venir, l’avenir des cinq salariés de l’ex-CNP Odéon, et le statut à ce jour de cette salle. Il n’est plus envisageable pour nous, employés du CNP, de continuer à travailler sans obtenir des informations précises sur l’avenir des CNP et de nos emplois.
Les employés du Cinéma National Populaire.
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Retouvez les photos de Yohann ici : Ciné CNP Paradisio et celles de Pierre Suchet là : Fermeture du CNP Odéon
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Rassemblement à 9h30 Place des Terreaux ce samedi 5 septembre, venez nombreux !
Une entrevue entre les salariés, le Collectif de Soutien et Messieurs Képénékian et Deschamps est prévue.
A partir de 12h, RDV au CNP Odéon pour une journée militante et cinéphile (projections de films choisis ou faits sur mesure, rencontres avec les salariés, pique-nique participatif...) !
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Les employés des CNP et l'association « Les Inattendus » organisent le SAMEDI 5 SEPTEMBRE 2009 une journée de protestation contre les conditions de fermeture de l'Odéon, et de soutien aux CNP et à leurs employés. Rappelons qu'en plein mois d'août et congés des employés, sans qu'aucun d'eux n'ait été prévenu, la salle a été vidée de son matériel de projection (expédié par Galeshka Moravioff, PDG des CNP depuis 1998, dans une de ses salles marseillaises), de ses fauteuils et de tout ce qui pouvait y avoir quelque valeur.
Le 5 septembre, nous vous donnons rendez-vous PLACE DES TERREAUX à partir de 9H30.
Afin que cette journée soit à la mesure de l'indignation suscitée par la fermeture de l'Odéon et de l'inquiétude ressentie pour le sort des deux autres sites des CNP ainsi que des personnes qui y travaillent, et qu'elle constitue une manifestation marquante et efficace de cette indignation et de cette inquiétude, il faut évidemment qu'elle regroupe un nombre aussi important que possible de participants !
D'autant que, plus généralement, c'est la question de l'existence de cinémas indépendants dans la Presqu'île lyonnaise, mais aussi la pérennité à Lyon de la diffusion de tout un pan du cinéma (qui ne se cantonne pas à l'Art et essai dit « porteur ») que pose cette triste affaire.
Nous en appelons à votre confiance : de concert avec les employés, nous allons tout faire pour que cette journée soit à la fois dynamique, mémorable ET cinéphile ! A la stupéfaction qu'a provoquée la fermeture abrupte de l'Odéon, nous tenterons de répondre par de très heureuses surprises, qui soient à la hauteur de l'amour et de l'admiration qu'on peut porter au travail de transmission cinématographique des CNP.
Nous insistons sur le fait que cet événement se déroulera sur la journée entière, aussi nous vous invitons à la réserver pour celui-ci.
Un repas collectif aura lieu à midi : merci de bien vouloir y contribuer en boissons et/ou nourritures terrestres ! Par ailleurs, chacun pourra librement participer aux frais de la journée.
MERCI DE DIFFUSER CETTE INFORMATION AUSSI LARGEMENT QUE POSSIBLE !
Le Collectif de Soutien aux CNP, les employés des cinémas CNP et l'association Les Inattendus.
Téléchargez l'appel
Si vous ne pouvez vous trouver avant 11h Place des Terreaux à Lyon ce samdi 5, rendez-vous dans l'un des cinémas CNP encore en activité (Bellecour ou Terreaux) pour être informés de l'évolution de la journée !
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