Archives de la catégorie ‘CNP Odéon’
Le samedi 5 septembre 2009 a eu lieu une journée de mobilisation pour les cinémas CNP de Lyon organisée par les employés des CNP et par l’association « Les Inattendus », place des Terreaux puis au CNP Odéon, réouvert au public pour l’occasion. En effet, Monsieur Galeshka Moravioff, PDG des CNP, avait subrepticement vidé la salle de son contenu début août, en plein congés estivaux. Ce 5 septembre, les employés des sites de Bellecour et de Terreaux se sont mis en grève, ainsi que ceux de l’Odéon, restés incertains quant à leur sort professionnel depuis la fermeture abrupte de leur lieu de travail.
PLACE DES TERREAUX : RASSEMBLEMENT, EXPOSITION DES FAITS
Tout a commencé à 9h30 par un rassemblement devant la mairie centrale de Lyon place des Terreaux, où des représentants du personnel des CNP et des « Inattendus » ont rappelé aux quelques quatre cents personnes présentes les conditions honteuses de fermeture de l’Odéon, lu une lettre adressée à Galeshka Moravioff et énoncé les revendications des employés des CNP.
Il a été souligné à cette occasion que la fermeture de l’Odéon s’inscrit non seulement dans le processus de déclin et ‘d’abandon par leur PDG de l’ensemble des CNP, mais plus largement dans le contexte d’une politique culturelle et urbaine qui voit les lieux de création et de diffusion artistiques indépendants disparaître progressivement du centre de Lyon, au profit d’un devenir exclusivement marchand de celui-ci (le sort de l’Odéon a été déterminé non seulement par la gestion désastreuse de Galeshka Moravioff mais aussi par l’inscription de cette salle dans le quartier Grolée que monopolise depuis des mois l’opération « Up in Lyon, the Place to Be », mue par « la volonté d’un propriétaire d’offrir un parcours shopping prestige et plaisir » (sic)). Si l’ensemble des CNP vient à disparaître, il n’y aura plus aucune salle d’exclusivité indépendante dans la Presqu’île de Lyon (le Cinéma et le Cinéma Opéra, eux aussi fort mal en point, étant pour leur part voués aux reprises de films plutôt qu’à l’exclusivité cinématographique). Le phénomène paraît d’autant plus choquant qu’aura lieu début octobre la première édition du « Grand Lyon Film Festival », d’ambition internationale, fortement subventionné, soutenu par l’état et l’ensemble des collectivités locales, et dédié à l’histoire et à la mémoire du cinéma. Ce n’est évidemment pas tant l’événement en soi qui est choquant que le fait que, au même moment, la proposition cinématographique quotidienne à Lyon s’appauvrit à vue d’œil, et paraît de moins en moins digne d’une aussi grande ville.
RETOUR À L’ODÉON, DISCUSSION ET ENGAGEMENTS PRIS
Une audience à la mairie avait été demandée pour 11h par les employés des CNP et les « Inattendus » auprès de Georges Képénékian, conseiller délégué à la culture de la Ville de Lyon. Mais en dernier ressort, Yvon Deschamps, son homologue à la Région Rhône-Alpes, avait fait savoir qu’il se rendrait en début d’après-midi à l’Odéon en compagnie de Monsieur Képénékian.
Un peu après 11h, le rassemblement s’est donc déplacé vers le CNP Odéon, occupé depuis l’avant-veille par les employés. Dans le hall, un repas a été proposé à l’ensemble des personnes présentes. A 12h30, Messieurs Deschamps et Képénékian sont arrivés et, pendant plus d’une heure, ils ont rencontré dans la salle de l’Odéon les employés des CNP et les membres des « Inattendus ». Roger Sicaud, conseiller cinéma et audiovisuel à la DRAC Rhône-Alpes, était également présent.
Au cours de cette discussion, les deux délégués à la culture se sont engagés à donner suite aux trois revendications principales des employés et des membres de l’association, à savoir :
expression officielle d’un soutien aux employés des CNP, laissés dans l’incertitude par leur employeur quant à leur avenir professionnel : la Ville s’engage à veiller à ce que le Droit du travail ne soit pas bafoué et à assurer un soutien social et juridique, tant pour les employés de l’Odéon que pour ceux des deux autres sites.
suivi du devenir de l’Odéon, l’une des plus anciennes salles de spectacle lyonnaises, notamment en ce qui concerne le maintien ou non de sa vocation culturelle.
avec les employés des CNP et les organisations cinéphiles intéressées, mise en place d’une réflexion soutenue portant sur la pérennisation dans le centre-ville de la programmation cinématographique que les salles CNP sont seules à montrer à Lyon : un cinéma de recherche, de découverte et de redécouverte, non répertorié « Art et Essai porteur ».
La discussion avec les employés et les membres des « Inattendus » une fois achevée, Yvon Deschamps et Georges Képénékian ont réaffirmé ces trois engagements devant les quelques trois cents personnes qui se sont rassemblées dans la salle de l’Odéon.
C’est désormais aux organisations cinéphiles, aux employés des CNP et à l’ensemble des citoyens soucieux des questions soulevées par ces trois engagements de rester attentifs à ce que ceux-ci ne soient pas négligés.
PRISES DE PAROLE
Sur ces entrefaites, Marc Artigau, le directeur-programmateur des CNP, a pris la parole pour faire le récit exhaustif de l’histoire des CNP depuis trente ans, avec la verve et l’absence de précautions oratoires qui le caractérisent : rappel du rôle crucial de feu Robert Gilbert, véritable âme fondatrice et maître d’œuvre des CNP ; affirmation de la responsabilité de Roger Planchon et de diverses personnalités de la vie et de la politique culturelles locales et nationales dans la vente des CNP en 1998 à Galeshka Moravioff, déjà de triste réputation à l’époque ; évocation des conditions moralement et professionnellement terribles dans lesquelles celui-ci a contraint Marc Artigau à travailler depuis dix ans, et de sa responsabilité accablante dans le déclin des CNP. Une longue ovation a suivi cette courageuse (et hilarante) prestation, nécessaire tant sur le plan historique que moral.
Plus tard dans la journée, d’autres prises de parole ont eu lieu. Les organisateurs de la journée étaient conscients du fait que celle-ci devrait également permettre aux personnes rassemblées de discuter collectivement de la suite à donner au mouvement, après cette première journée de mobilisation. Depuis l’arrivée à l’Odéon, des personnes avaient exprimé le désir qu’il puisse être débattu d’une éventuelle poursuite de l’occupation ...
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11 septembre 2009 | CNP Odéon
(lue place des Terreaux à Lyon le 5 septembre 2009)
Monsieur,
Il est de notre devoir de vous dire que vous avez vécu d’illusions, voire souffert de graves hallucinations. En effet, vous semblez croire que les salles CNP de Lyon vous appartiennent. C’est l’argument massue que vous avez avancé pour justifier le démantèlement et l’évacuation précipitée du CNP Odéon en pleins congés estivaux : « C’est à moi, je fais ce que je veux », avez-vous répété sur tous les tons.
Or, il faut que vous le sachiez, Monsieur Moravioff : les CNP ne vous ont jamais appartenu. Dès lors qu’elles relèvent d’idées, d’émotions, d’esthétique ou d’engagements moraux, les choses, pas plus que les êtres, ne vous appartiennent sous le seul prétexte que vous avez exhibé beaucoup d’argent pour vous les arroger, comme vous l’avez fait en 1998. Dans le cas des CNP, il aurait été judicieux que vous compreniez à temps que ces salles appartiennent à celles et ceux qui, jour après jour et malgré toutes les difficultés engendrées par votre gestion désastreuse, en ont assuré le fonctionnement et la programmation : les projectionnistes, les contrôleurs, les agents de caisse, les assistants de direction et le directeur-programmateur, Marc Artigau, qui a tenté de maintenir vaille que vaille le cap d’une programmation exigeante et cinéphile, aussi ardue la tâche a-t-elle été sous les fourches caudines que vous lui avez imposées.
Ces salles appartiennent également, bien sûr, à celles et ceux qui, jour après jour, sont venus y regarder des films. On les appelle des spectateurs, mais en réalité ils ont été des acteurs de la vie des CNP comme vous ne l’avez jamais été, et ne le serez jamais. Désormais, on aimerait que les instances publiques finissent, elles aussi, par se considérer comme des actrices possibles de ces salles. A force de les inviter à dépasser leur timidité en la matière, on ne désespère pas qu’elles finissent par le faire. Cet espoir est cependant tempéré par la conscience du fait qu’un problème se pose, et ce problème c’est vous-même, Monsieur Moravioff. Même si, en d’autres temps, ces instances ont encouragé l’illusion selon laquelle vous pourriez être, pour filer la métaphore, un « metteur en scène » digne de ce nom pour les CNP, elles ne peuvent plus désormais se cacher le fait qu’il est strictement impossible de partager avec vous quelque film que ce soit.
En tout cas, sachez qu’en ce samedi 5 septembre 2009 le CNP Odéon que, dans votre délire de possession, vous vous êtes permis de saborder, est redevenu officiellement, aux yeux de tous et ne serait-ce que pour une journée, la possession de celles et ceux auxquels il a en fait toujours appartenu, à savoir l’équipe des CNP et leurs spectateurs. Quel que soit le sort honteux que vous ferez subir aux autres sites des CNP et à leurs employés, cette seule journée suffira à affirmer publiquement votre imposture ainsi que celle de toutes les personnes qui, au contraire de Robert Gilbert et de Bruno Pésery par le passé, et de Marc Artigau aujourd’hui, ne se sont préoccupées de ces salles de cinéma qu’à des fins de prestige et d’enrichissement personnels. Cette seule journée devrait également permettre de disqualifier par avance tout discours d’une politique culturelle qui ne garantirait pas dans le centre d’une grande ville comme Lyon non seulement l’existence de salles indépendantes, mais aussi la continuité de la proposition cinématographique que, depuis plusieurs décennies, les CNP sont seuls à y assurer.
Nous aurions aimé trouver une formule de politesse finale à vous adresser mais nous avons beau chercher, nous n’y parvenons pas.
Pour l’association « Les Inattendus »
Jean-François Buiré, président
Et le Collectif de Soutien des CNP
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3 septembre 2009 | CNP Odéon
Suite au passage de serruriers sur leur lieu de travail ce matin, LES SALARIES OCCUPENT LE CINEMA CNP ODEON !!
N'hésitez pas, rendez-vous sur place, rue Grolée, soyons nombreux à les soutenir !!
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3 Commentaires »
20 août 2009
Bonjour,
Comme prévu, une rencontre a eu lieu ce matin avec les employés des CNP : ceux de l’Odéon, sèchement laissés en plan par la fermeture de leur site, sont toujours dans l’incertitude quant à leur sort professionnel et financier. De retour de vacances, ils sont en train de faire les démarches nécessaires auprès de l’inspection du travail et du tribunal de commerce.
En se concertant, nous sommes parvenus à arrêter une date pour une journée d’action. Elle aura lieu la première semaine de septembre, mais pour des questions purement techniques nous préférons ne pas la
préciser pour l’instant : nous le ferons dès que ces questions auront été résolues.
Les employés vont créer un comité de soutien : vous apprendrez bientôt comment y émarger, aux CNP Bellecour et Terreaux ou par nos soins.
En attendant, vous pourrez rire (jaune) en lisant l’article publié à cette adresse : Le ravi
Il vaut son pesant de cacahuètes. A noter que le texte en question date de 2005, et qu’ils concerne non pas les CNP mais les salles marseillaises de Galeshka Moravioff !
Par charité d’âme, on ne s’étendra pas sur les sinistres pratiques qui ont présidé à l’édition dvd récente de « Fièvre sur Anatahan », de Josef von Sternberg, par Films sans Frontières, société de Galeshka Moravioff. Néanmoins, outre ses turpitudes en tant qu’exploitant de salles, il faut tout de même souligner le fait suivant : voilà un homme qui a fondé sa réputation sur un catalogue pellicule et dvd d’œuvres de cinéastes sublimes, mais en mettant sur le marché telles quelles, sans aucun travail d’édition ou de restauration, des copies récupérées dans un état presque toujours honteux. Dans « To Be or Not to Be » d’Ernst Lubitsch (distribué en
pellicule et dvd par Films sans Frontières, évidemment dans une copie indigne), un officier nazi dit de la prestation d’un comédien : « Ce qu’il a fait à Shakespeare, nous le faisons à la Pologne. ». On pourrait en dire autant de ce que fait Galeshka Moravioff au cinéma.
Cordialement, à bientôt,
Jean-François Buiré.
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10 août 2009
Chers amis, proches et collaborateurs,
« Il faut que tout se sache », disait Jean-Pierre Léaud dans La Maman et la putain. C'est pourquoi, même si cela n'y changera rien, je viens vous faire part de la triste nouvelle suivante.
Galeshka Moravioff, qui a racheté les CNP en 1998, vient de faire vider la cabine du CNP Odéon de son matériel de projection, qu'il a expédié dans une de ses salles marseillaises. Il a profité de la période de fermeture de l'Odéon et des congés estivaux de ses employés pour faire exécuter cette besogne, dont il n'avait prévenu personne au sein des CNP.
De retour à Lyon, Marc Artigau, directeur- programmateur des CNP, a ainsi découvert la coquille vide que la salle était devenue en son absence, alors même qu'il y avait programmé des films à partir de sa reprise le 19 août, et pour plusieurs semaines.
Aujourd'hui, ce sont trente années d'affiches de cinéma qui étaient conservées à l'Odéon que des représentants de la Cinémathèque du Luxembourg sont venus emporter, sous la houlette de Moravioff.
Dans les jours qui viennent, ce seront les fauteuils qu'il fera sans doute enlever, toujours à destination de ses salles marseillaises. Tout ce qui peut avoir quelque valeur est systématiquement récupéré, et jamais au profit des deux autres sites des CNP.
A des employés des CNP venus constater le pillage, Moravioff a dit qu'il faisait ce qu'il voulait, ajoutant qu'il conserverait le site de Bellecour « comme une poire pour sa soif », ce qui n'est pas de bon augure pour celui des Terreaux.
Cordialement,
Jean-François Buiré
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