Réponse à Christophe Chabert
16 octobre 2009 | Journée d'action, Les employés des CNP
(Voir son article sur le blog Festival Lumière 2009 du Petit Bulletin)
Tout d’abord, il faut signaler l’un des principaux faits de la journée du 14 octobre, dont il n’est pas question dans le texte de Christophe Chabert : la « mise à pied en vue d’un licenciement pour fautes graves » de Marc Artigau, directeur et programmateur des CNP depuis plus de vingt ans, par son PDG Galeshka Moravioff. Les « fautes graves » en question ne sont pas précisées pour l’instant, mais il semble que M. Moravioff en dressait la liste depuis un certain temps, attendant pour l’exhiber le moment propice à ses yeux et à ceux de ses avocats. M. Moravioff fait en ce moment le tour des distributeurs de films pour signaler qu’à partir de maintenant il assurera lui-même la programmation des CNP (c’est un peu comme si un assassin déclarait que, désormais, il se chargera lui-même de trouver à manger pour nourrir sa victime). Voilà une information autrement plus grave, il me semble, que la déception compréhensible mais ponctuelle de certains spectateurs venus voir des films au CNP Terreaux mercredi, et qui ont trouvé porte close.
(Autre absent de ce texte : le collectif de spectateurs qui s’est créé depuis un mois, et qui relaie le mouvement initié en août dernier autour des CNP. Rappelons en donc l’adresse : http://collectifcinephile.wordpress.com/)
J’aimerais revenir sur deux passages de ce texte :
I. « Dès les premiers communiqués publiés par Les Inattendus et leur président Jean-François Buiré, l’amalgame était fait entre les difficultés du CNP et le lancement du festival, subventionné massivement par le Grand Lyon. Comme si l’un était responsable de l’autre… »
La formulation de la première phrase de ce passage donne l’impression que, dès ses premiers communiqués à ce sujet, l’association « Les Inattendus » aurait suscité ce supposé « amalgame ». La vérité est tout autre, d’autant que les communiqués en question ne faisaient nullement mention du festival : c’est dans les commentaires de ceux-ci que, très tôt, de nombreuses personnes ont non pas fait un tel amalgame, mais évoqué le scandale que constitue à leurs yeux la simultanéité de ce festival, en effet massivement subventionné, et le déclin patent des CNP, dans le silence quasi total des instances politiques. Plutôt que d’amalgame, il faudrait parler, pour rester cinéphile, d’un montage, terriblement signifiant et opéré à partir d’une réalité flagrante.
Ce sentiment récurrent a été par la suite résumé dans ce passage du compte-rendu par les Inattendus de la journée de mobilisation du 5 septembre : « [Le déclin des CNP] paraît d’autant plus choquant qu’aura lieu début octobre la première édition du “ Grand Lyon Film Festival ”, d’ambition internationale, fortement subventionné, soutenu par l’état et l’ensemble des collectivités locales, et dédié à l’histoire et à la mémoire du cinéma. Ce n’est évidemment pas tant l’événement en soi qui est choquant que le fait que, au même moment, la proposition cinématographique quotidienne à Lyon s’appauvrit à vue d’œil, et paraît de moins en moins digne d’une aussi grande ville. » Même parmi les commentaires les plus agressifs publiés ici et là à l’égard du festival Lumière, je ne crois pas qu’un seul ait été déraisonnable au point d’attribuer à ce dernier les difficultés des CNP (qui ne datent pas d’hier, on le sait, M. Moravioff les ayant rachetés en 1998) !
II. « Les spectateurs qui avaient encore envie d’aller voir des films aux CNP, malgré la médiocrité des conditions de projection, trouveront sans doute là une ultime raison pour ne plus y aller. »
A propos du dernier segment de cette phrase, je dirai qu’au mieux il me paraît excessif… Dans son ensemble, cette phrase témoigne d’une incompréhension de la situation des CNP qui suffirait presque à elle seule à légitimer toute action radicale comme celle du 14 octobre : quand la communication ordinaire (même patiente et scrupuleuse) à échoué, le passage à d’autres formes d’action devient nécessaire.
En effet, comment peut-on tenir dans une même main la critique de l’action des employés et celle de la « médiocrité des conditions de projection » sans avoir une vision confuse de la situation, et encourager celle-ci ? Outre qu’il y aurait fort à dire de cette assertion (si le matériel décline faute de rénovation, le travail des projectionnistes des CNP reste irréprochable, et la grande salle de Terreaux continue d’être tout à fait honorable), jusqu’à quand devra- t-on répéter que les personnes qui « font tourner » quotidiennement ce cinéma sont les premières à subir et à déplorer l’incurie dont fait preuve leur PDG à l’égard de ces salles ? Et comment faire enfin comprendre que dans l’état actuel des choses, aller voir des films aux CNP ne signifie pas forcément soutenir la philosophie et l’exigence de salles qui ont constitué un modèle de cinéma « d’Art et d’Essai et de Recherche » pendant plusieurs décennies, mais assurément refiler de l’argent à celui qui les a fait lentement mais sûrement couler depuis onze ans ? Il ne s’agit pas d’appeler au boycott des CNP, où travaille encore une vingtaine de personnes; cependant, un certain nombre de celles-ci préférerait d’ores et déjà une mort rapide mais digne à un inexorable et déprimant déclin (outre qu’il donne une image un peu plus triste chaque jour des CNP, ce dernier rend encore plus difficile l’éclosion d’un nouveau lieu en centre-ville consacré au cinéma d’Art et d’Essai et de Recherche).
Même en cette semaine festive, les employés des CNP ont refusé l’unanimisme, pour tenter de faire du festival une chambre d’écho à leur triste situation. L’ont-ils « pris en otage » ? Je dirais plutôt qu’ils ont tenté de rendre ce festival utile au cinéma et aux cinéphiles, mais d’une façon différente de celle imaginée au départ.
Était-ce pertinent, était-ce maladroit ? On peut évidemment discuter de la pertinence de ce choix, comme de tout choix opéré dans une situation de crise. La lisibilité de ses objectifs (bras de fer, oui, mais avec Moravioff, et prise à témoin des spectateurs et des instances politiques et culturelles) n’était pas forcément évidente.
Mais si des spectateurs sont venus le mercredi 14 octobre dans un esprit de soutien aux CNP (aux CNP-malgré-Moravioff, devrait-on dire), ils ont sûrement compris la démarche, aussi confuse fût-elle.
Ceux qui ne connaissaient pas la situation de ces salles n’ont pu que l’apprendre à cette occasion, de façon peut-être plus marquante que par un simple tract. Quant à ceux qui voueraient désormais ces salles aux gémonies sur la seule base de cette porte close durant une journée (fût-elle de festival), on est en droit de penser que ce sont des gens de peu de foi.
Une anecdote, pour finir. Ce mercredi 14 octobre à 16h30, Pierre Etaix, de passage à Lyon pour présenter (aux Alizés et au Comœdia) la copie restaurée de son film YOYO dans le cadre du festival, est venu au CNP Terreaux pour y voir un film. Devant la fermeture des lieux, sa réaction fut le contraire de celle d’une prima donna. Ayant déjà fait part de sa colère face aux agissements de M. Moravioff à l’occasion de la journée de mobilisation du 5 septembre, il a lors composé sur son téléphone le numéro du PDG des CNP, affiché par les employés, afin de lui signifier directement son indignation. Comme quoi, le jour en question, toutes les attitudes ne furent pas négatives (loin de là).
Jean-François Buiré.

9 Réponses à “Réponse à Christophe Chabert”
Merci pour cette clarification plus que nécessaire suite à l’article réducteur de C. Chabert.
Encore une fois, il me prouve, la limite de son raisonnement.
Je comprends quant à moi tout à fait la réaction des employés du CNP et je pense qu’il s’agissait d’un moment opportun pour se faire entendre.
On peut toujours discuter les méthodes mais les raisons qui ont poussé à les employer restent indiscutables.
Par Cheryl Raman-Orhun le 20 oct 2009
bravo pour ce bel article qui remet les pendules à l’heure . le petit bulletin et Mr Chabert n’étant de toute façon pas références en matière de cinéphile… au regard de critiques désastreuses et parfois incohérentes même ( ! )sur des films plus qu’honorables projetés dans les CNP ces dernières années .
Par jacquemin le 21 oct 2009
Je soutiens Monsieur Chabert. La critique est libre que je sache ! Que ce soit les films programmés par n’importe quelle salle. Il n’y a pas que les salles CNP sur terre !!!!
Par Oscar Noé le 21 oct 2009
Suite.
Regardez un peu le travail de journaliste cinéphile que viens d’effectuer Mr Chabert sur son blog consacré au Festival LUMIERE 2009. Mr Chabert a vu un nombre de films très important (souvent méconnus) et en a informé le public de manière passionnée et rigoureuse. Trouvez moi un autre journaliste aussi inspiré sur Lyon !
Par Oscar Noé le 21 oct 2009
Hum…trop difficile…cherchons donc un journaliste inspiré sur la question de cinéma à Lyon…
Ouf, Monsieur Chabert n’est pas seul à sévir :
Il y a Olivier Bertrand et cette belle initiative de Fondus au Noir : http://www.libelyon.fr/cinema/
(qui, lui, soit dit en passant, a réussi A LA FOIS à annoncer la mise à pied de Marc Artigau le 15/10 et à suivre le Festival Lumière avec un regard de journaliste, conscient des enjeux actuels sur la diversité culturelle dans le cinéma à Lyon, et non de festivalier épuisé).
Par Fan de le 22 oct 2009
MICMAC A TIRE L’ARTIGAU !
Je persiste et signe que la mise à pied de Monsieur Artigau est un dossier juridique et social dont les instances concernées (avocat, Prud’hommes etc..) doivent être saisis sans délai. Un journaliste responsable d’info cinéma doit traiter en priorité des films qui sortent, interviews etc.. Je rappelle en passant que Monsieur Chabert a rendu un vibrant hommage au travail de Monsieur Artigau dans son Blog Lumière 2009.
Le temps passe et rien de nouveau sur ce blog de « Soutenons les CNP » à part évidemment les grandes tirades philosophiques qui ne perturbent en rien le mise en oeuvre de la « liquidation sournoise » (comme d’habitude ) de Monsieur Moriavoff.
Par Oscar Noé le 26 oct 2009
tout petit coté positif , j’ai pu apercevoir hier deux anciens « employés » des CNP qui pouvaient enfin assister dès les toutes premières séances au nouveau film d’Alain Resnais ; je sais que ceci ne fera pas avancer vos ébats ici mais j’ai été content de les voir profiter un peu et de la vie et de l’avis ; au fait , pour parler du dit personnel , ils étaient tous super sympas avec « le client » , ces messieurs là , ce qui n’est pas toujours le cas en notre bonne vieille ville de Lyon devenue Ciné Pop-corn !
Sissi !
Par un cinéphile qui se faufile le 5 nov 2009
Je ne peux imaginer ne plus fréquenter les salles CNP car cela fait plus de 25 ans que je vois des films plébiscités par Télérama visibles uniquement chez eux !(exemples : le dernier film d’Alain Cavalier « irène », EYES WIDE OPEN (tu n’aimeras point), Visage, Au voleur (dernier rôle de Guillaune Depardieu), Humday, Ordinary people, Jaffa, Wendy and Lucy (chef d’oeuvre) etc…)
J’ai tellement de souvenirs dans ces salles que mon souhait le plus cher est que le PDG accepte de vendre à un repreneur qui fera revivre les CNP au même titre que la municipalité a fait revivre le comoedia ! C’est très bien que les deux existent car il faut du choix dans la programmation cinématographique lyonnaise et des salles pas trop excentrées… sinon nous allons tous envier les parisiens avec leurs Reflets Médicis, Action Christine et salles MK2 !
La perte d’un cinéma art et essai de qualité en presqu’île ne serait pas à la hauteur d’une ville qui se targue d’être une capitale européenne !
Par Gene le 8 nov 2009
La réputation de C. Chabert n’est plus à faire, il n’est « connu » que pour ses attaques faciles et ses dérapages.
Par Duetto le 25 nov 2009